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Comment Snecma informatise son bureau des méthodesToutes les étapes de fabrication des pièces de moteur seront décrites par les techniciens sur les stations de travail; elles enrichiront une base de données partagée. A terme, les ouvners consulteront les instructions d'atelier sur des écrans.
Le script de la fabrication des pièces des moteurs d'avion de la Snecma est réalisé à la main par les cent-soixante techniciens du bureau des méthodes. Il décrit, pour chaque étape de fabrication, toutes les opérations à effectuer - usinage, fraisage, découpe, etc. - et il s'accompagne de schémas qui figurent l'évolution des pièces. Ce "cinéma" va bientôt s'effectuer par écran de station de travail. C'est, en tout cas, I'un des objectifs du projet Spirit, mené sur le site de Snecma à Corbeil, qui regroupe 4 400 personnes et dont l'activité majeure est la fabrication de pièces et de sous-ensembles des moteurs civils et militaires. Ce projet, initié en 1990, s'inscrit dans une démarche d'informatisation des méthodes. Sur les trois temps forts du travail des techniciens des méthodes, le premier et le dernier sont déjà informatisés. Le premier consiste à définir, avant le lancement d'une gamme de fabrication, les grandes étapes de production. Le second part de chaque étape et la transforme en instructions de travail destinées aux ouvriers des ateliers. Le troisième temps, enfin, sert à définir la liste des outillages et des contrôles indispensables pour chaque instruction de travail. Les grandes étapes de fabrication et les listes d'outillage sont dès à présent disponibles sur une base de données dénommée Omega. Seule l'élaboration des instructions reste encore en grande partie manuelle. Ces instructions représentent un volume de papier considérable. Il suffit d'imaginer. Le site de Snecma à Corbeil recèle 8OOO références de pièces. Ce qui représente 8000 gammes de fabrication. Et une gamme peut se décliner en quinze instructions de travail, chacune décrite en plusieurs folios. En tout, un monceau de plus de 500 000 pages ! De surcroît, cette documentation doit être conservée une trentaine d'années. "Cette conservation des documents avec leur mise à iour était assez mal assurée" reconnaît Jean-Pierre Chavanon, chef du projet Spirit. Arnéliorer la traçabilité des documents, réduire les cycles de création de gamme, éviter les ressaisies figurent en tête des objectifs du projet. Pour le moment, il est trop tôt pour savoir s'ils seront bien atteints. Le projet est au milieu du gué. Apres avoir effectué un "nettoyage" des formats de présentation des documents, afin d'éviter les dérives de personnalisation, l'année 1991 a été celle des choix techniques. Comme les docunments sont pour les deux tiers composés de dessins et pour un tiers de textes, il fallait trouver un outil capable de manipuler les deux. « Nous ne voulions pas produire de la documentation sophistiquée, mais des fiches techniques. Or nous avions en face de nous soit des outils de PAO, plus portés vers le texte et la présentation, soit des outils de CAO ou de DAO plus orientés vers le dessin». Finalement, Jean-Pierre Chavanon a jeté son dévolu sur un outé mixte CimLinc, distribué en France par Intelligent Document. Il offre simultanément des fonctionnalités de PAO et de DAO. A partir de CimIinc, I'application est développée en interne. «Nous la concevons le plus possible avec les techniciens qui vont l'utiliser, et nous tentons de préserver leur façon de travailler », précise Jean-Pierre Chavanon. Depuis le milieu de l'année dernière, une vingtaine de postes a été installée et soixante personnes formées. A la fin de l'année prochaine, soixante postes devraient être rnis à disposition. Dans le cadre de Spirit, le technicien dispose d'une station Sun. Il récupère les dessins créés auparavant avec le logiciel Catia, les détaille, les annote. Le cadre du document est mis à jour automatiquement. Enfin, il rédige les instructions de travail, les remarques, etc. Ces documents d'instructions ne se font pas d'un seul jet. Plusieurs personnes mettent la main à la pâte. Certains techniciens du bureau des méthodes sont des généralistes; ils sont responsables d'une pièce. Mais ils font appel à des spécialistes, du soudage, du traitement de surface ou de tout autre technique, pour affiner le document. Jusqu'à présent, ces documents en papier circulent entre eux, avec tous les problèmes de mise à jour et de responsabilité que cela pose. Avec Spirit, chacun travaille sur sa station, accède à tout moment au document mémorisé dans la base de données partagée. Toute modification est prise en compte avec le nom du spécialiste qui l'a réalisée. Les nouvelles gammes de fabrication sont d'ores et déjà réalisées avec ce nouveau système. La base de données s'enrichira progressivement. Bien sûr, I'existant restera sur papier. Les archives papier et les magasins divisionnaires, chargés de dupliquer les documents et de les diffuser dans l'atelier, ont encore de beaux jours devant eux. Même si l'idée est de court-circuiter progressivement les magasins divisionnaires, les documents étant diffusés sous forme de papier directement vers la fabrication. Chaque ouvrier fera une sortie papier des documents qui l'intéressent. A terme, il consultera peut-être les instructions de travail directennent à l'écran. Cette seconde phase du projet est prise en charge par le site de Snecma à Gennevilliers. Simple retour des choses, puisque Gennevilliers a décidé d'adopter ce qui a été réalisé sur le site de Corbeil. Pas question de dupliquer les études lorsque le marché aéronautique bat de l'aile.
Laurence GIRARD |